Course d’orientation

Posté le 10 novembre 2013

Tous les matins, à tour de rôle, les encadrants accompagnent des petits groupes de résidents à répartir les repas, mettre la table, réchauffer les plats… et aller chercher le pain, parfois en autonomie, à la boulangerie de quartier se trouvant à une centaine de mètres du foyer.

La semaine passée, un collègue vient vers nous à la fin des activités, inquiet de ne pas voir revenir Anne Catherine (oui bon c’est encore un nom fictif). Anne Catherine est une adulte trisomique… dotée d’un grand sens de la comédie, voire parfois de la tragédie shakespearienne.

Le collègue : je suis inquiet ça fait une demi-heure qu’elle est partie.

Une autre collègue : seule ???

Lui : ben oui elle voulait y aller pour une fois !

L’autre collègue : oui mais elle en est incapable !!!

Lui, paniqué : ah bon ???? MERRRDE

Coup de téléphone au boulanger qui assure qu’Anne Catherine est bien venue, avec le chèque du mois et qu’elle est repartie il y a environ 20 minutes avec… le sac contenant 12 pains.

Panique à bord, … la moitié des encadrants sortent dans le quartier à la recherche d’Anne Catherine pendant que les autres font diversion pour ne pas répandre la nouvelle aux autres résidents, car c’est bien connu, qui dit événement exceptionnel et inquiétant dit tâche d’huile et boule de neige sur le reste du groupe… et la c’est la cata, la cata, la catastrophe ! Appel signalant la disparition d’Anne Catherine à la police.

Pendant ce temps, dans la ville voisine, un chauffeur de bus est intrigué à la vue d’une jeune femme trisomique, sans ticket, sans carte navigo…. mais avec un groooos sac de pains. Ce chauffeur a la vivacité d’esprit de téléphoner à la police.

Pendant ce temps, toujours panique à bord, arrivée de la police au foyer :

- qu’est ce qu’ils viennent faire ici les policiers ? et pourquoi ils sont là ?

certaines résidentes osent le : oh il est mignon le policier !….

Et nous, toujours à tenter de faire fi de la situation :   »à taaaaable…. qui m’aide à servir ???? »

Je ne vous cache pas que l’appétit, quand une résidente a disparu… ben il vient pas trop…mais que … malgré tout, on doit faire bonne figure face aux autres… parce que sinon c’est la cata, la cata, la catastrophe.

A ce moment précis, j’entends l’étudiant fraîchement débarqué de l’école d’éduc, première année, deuxième jour de stage, désignant la police… « c’est pour Anne Catherine qui n’est pas revenue de la boulangerie ? »…. Je blêmis, une heure qu’on essaie de ne pas répandre la nouvelle pour ne pas angoisser le groupe et en une phrase…. rhaaaaa ouf… ils n’ont pas l’air d’avoir entendu, je fais signe de discrétion absolue au jeune stagiaire qui a encore tout à apprendre, en lui disant que je lui expliquerai certaines choses dès la fin du repas …. Ce qui nous devient naturel au fil de l’expérience, n’est pas innée, l’accueil de stagiaire nous permet de réaliser tout cela !

12h45 (soit 1h45 après son départ pour la boulangerie), nous voyons Anne Catherine sortir d’une voiture de police, telle une princesse sortant de son carrosse. Elle prend son sac de pains, ferme la porte et d’un geste de la main dit aux fonctionnaires de police :

- Merci ! au revoir !

et entrant dans le foyer, elle nous fait un large sourire  en nous tendant fièrement le sac à pains :

- J’AI LE PAIN !!!!

On se regarde, interloqués, et tellement soulagés de la voir revenir entière et en bonne santé :

- BRAVO ANNE CATHERINE !!!!

Après tout, on a un couscous sur le feu, on reprendra avec elle plus tard son excursion…. Qui sait, peut -être a t elle voulu nous dire qu’elle voulait travailler son autonomie dans les transports ?

Socialement vôtre !

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