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Archive pour la catégorie « Moments ordinaires »

Give a peace of chance….

Hier, dans la voiture en allant dans un service municipal pour y faire notre activité, j’entends Hamid marmonner quelque chose d’incompréhensible…

moi : qu’est-ce que tu dis ?

Un autre résident reprend : il dit que Mandela est mort;

Moi : ah oui, c’est vrai. Vous savez qui c’était ce monsieur ?

Eux : non mais il passe à la télé.

Et me voilà partie à raconter succinctement (mais le peut-on vraiment ?) la vie de ce Grand Homme. Je tente de décrire ce qu’était l’Apartheid, la vie en Afrique du sud avant, les 27 ans de prison, et ce qu’il a fait après… ce qui, pour eux est chose toute à fait normal, les a fait crier au scandale… « quoi ??? les noirs n’avaient même pas le droit de parler aux blancs ? »

Je conclue notre discussion en disant : voilà, ce Monsieur s’est battu pour que tout le monde ait les mêmes droits, pour qu’il n’y ai plus de racisme.

Et eux de dire, « C’est vraiment nul qu’il soit mort ».

Jamais je ne pensais aborder l’Apartheid avec ce public… c’est aussi ça ce boulot… être toujours surpris par les personnes que l’on accompagne… Ne jamais les sous estimer….

Pour « Madiba », en ce jour de « fête » et d’hommage à lui, en son œuvre,

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Pigeon… vole !!!

Aujourd’hui, j’étais à Paris pour la journée avec quatre résidents. C’était notre journée hors institution… eux comme moi, on les savoure !

En arrivant, on gare la voiture et se dirige à pieds vers le café associatif avec lequel on travaille tous les quinze jours. D’un seul coup, j’entends le rire communicatif  de Jules (mon Garcimore d’un article d’octobre)….

Moi : Qu’est ce qui te fait rire ?

Lui : Les pigeons !

Moi : Ben quoi les pigeons ?

Lui : pauv’ voitures !

moineau

J’adore !

Socialement vôtre,



Back to reality

 

Voilà, me revoici dans mon grand cirque. Finies les vacances, et ma province, les feux de cheminée, la famille… allez, Back to reality…je quitte ma douceur tourangelle pour revenir dans une ambiance de … merde… ou à vomir au choix…

Je vous vois venir, « rhooo comme tu y vas fort »… non non, ne vous méprisez pas chers lecteurs, ne vous imaginez pas que je parle au sens figuré… non non je reste dans le basique, le sens propre (enfin… propre… gloups) … car oui… je reviens au boulot en pleine épidémie de Gastro…

En institution, la gastro prend des allures de joyeux bordels, avouons le, et de parcours du combattant où il devient une réelle stratégie digne des plus grands jeux vidéos de quêtes pour survivre à l’épidémie (on n’a qu’une vie ici bas !!!).

Voici donc les 10 commandements à l’usage du travailleur social souhaitant restant en vie malgré son labeur quotidien et pendant une épidémie de Gastro :

1- avant d’aller travailler, chez toi, tu chieras (et tes mains tu laveras)

2 – en arrivant au boulot, tes mains tu laveras (encore)

3 – les résidents tu salueras, mais jamais leurs mains tu ne serreras

4 – après chaque déplacement (intra établissement), tes mains tu laveras

5 – les câlins des résidents tu banniras

6- les toilettes de l’établissement tu éviteras

7 – à table, boire tu éviteras, pour éviter les toilettes de l’établissement

8 – si vraiment tu dois aller aux toilettes, du gel hydroalcoolique tu feras ton meilleur ami

9 – si tu vois un résident fraichement nauséeux et se tenir le ventre, d’aller aux toilettes, tu l’inviteras

10 – à la fin de ta journée, heureuse et en vie, tu rentreras chez toi

 

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Enfin, pour finir, certains se réjouiront évidemment de cette période particulièrement faste pour faire preuve d’un humour de merde, alors prenez vos maux en patience !

Socialement vôtre,

 

 



Course d’orientation

Tous les matins, à tour de rôle, les encadrants accompagnent des petits groupes de résidents à répartir les repas, mettre la table, réchauffer les plats… et aller chercher le pain, parfois en autonomie, à la boulangerie de quartier se trouvant à une centaine de mètres du foyer.

La semaine passée, un collègue vient vers nous à la fin des activités, inquiet de ne pas voir revenir Anne Catherine (oui bon c’est encore un nom fictif). Anne Catherine est une adulte trisomique… dotée d’un grand sens de la comédie, voire parfois de la tragédie shakespearienne.

Le collègue : je suis inquiet ça fait une demi-heure qu’elle est partie.

Une autre collègue : seule ???

Lui : ben oui elle voulait y aller pour une fois !

L’autre collègue : oui mais elle en est incapable !!!

Lui, paniqué : ah bon ???? MERRRDE

Coup de téléphone au boulanger qui assure qu’Anne Catherine est bien venue, avec le chèque du mois et qu’elle est repartie il y a environ 20 minutes avec… le sac contenant 12 pains.

Panique à bord, … la moitié des encadrants sortent dans le quartier à la recherche d’Anne Catherine pendant que les autres font diversion pour ne pas répandre la nouvelle aux autres résidents, car c’est bien connu, qui dit événement exceptionnel et inquiétant dit tâche d’huile et boule de neige sur le reste du groupe… et la c’est la cata, la cata, la catastrophe ! Appel signalant la disparition d’Anne Catherine à la police.

Pendant ce temps, dans la ville voisine, un chauffeur de bus est intrigué à la vue d’une jeune femme trisomique, sans ticket, sans carte navigo…. mais avec un groooos sac de pains. Ce chauffeur a la vivacité d’esprit de téléphoner à la police.

Pendant ce temps, toujours panique à bord, arrivée de la police au foyer :

- qu’est ce qu’ils viennent faire ici les policiers ? et pourquoi ils sont là ?

certaines résidentes osent le : oh il est mignon le policier !….

Et nous, toujours à tenter de faire fi de la situation :   »à taaaaable…. qui m’aide à servir ???? »

Je ne vous cache pas que l’appétit, quand une résidente a disparu… ben il vient pas trop…mais que … malgré tout, on doit faire bonne figure face aux autres… parce que sinon c’est la cata, la cata, la catastrophe.

A ce moment précis, j’entends l’étudiant fraîchement débarqué de l’école d’éduc, première année, deuxième jour de stage, désignant la police… « c’est pour Anne Catherine qui n’est pas revenue de la boulangerie ? »…. Je blêmis, une heure qu’on essaie de ne pas répandre la nouvelle pour ne pas angoisser le groupe et en une phrase…. rhaaaaa ouf… ils n’ont pas l’air d’avoir entendu, je fais signe de discrétion absolue au jeune stagiaire qui a encore tout à apprendre, en lui disant que je lui expliquerai certaines choses dès la fin du repas …. Ce qui nous devient naturel au fil de l’expérience, n’est pas innée, l’accueil de stagiaire nous permet de réaliser tout cela !

12h45 (soit 1h45 après son départ pour la boulangerie), nous voyons Anne Catherine sortir d’une voiture de police, telle une princesse sortant de son carrosse. Elle prend son sac de pains, ferme la porte et d’un geste de la main dit aux fonctionnaires de police :

- Merci ! au revoir !

et entrant dans le foyer, elle nous fait un large sourire  en nous tendant fièrement le sac à pains :

- J’AI LE PAIN !!!!

On se regarde, interloqués, et tellement soulagés de la voir revenir entière et en bonne santé :

- BRAVO ANNE CATHERINE !!!!

Après tout, on a un couscous sur le feu, on reprendra avec elle plus tard son excursion…. Qui sait, peut -être a t elle voulu nous dire qu’elle voulait travailler son autonomie dans les transports ?

Socialement vôtre !



« J’aimerai trop qu’elle m’aime »

On va l’appeler Annette… Me demandez pas pourquoi. Annette a une quarantaine d’années, elle est trisomique … et pot de colle… et usante… (entre autre…).

Annette vient de perdre sa maman, et même si Annette est pot de colle et usante (entre autre), c’est quelque chose qu’évidemment qui nous attriste pour elle… mais qui la rend encore plus pot de colle… et usante (entre autre).

Le Weekend dernier, je travaillais. Annette était là… pot de colle, et usante (entre autre)…  ça a commencé dès mon arrivée. Degré de patience : 100%

Échanges de transmissions avec les collègues qui étaient là depuis 7h… « oh bonjour t’es arrivée ? »

moi: « oui Annette, bonjour ».. et là elle enchaine les blablablas, les  » j’ai besoin de… » les « on mange ensemble »… les « j’ai envie de…. »… Difficile de lui faire comprendre sans fermeté qu’on avait besoin de quelques minutes pour échanger nos transmissions. « Après tu viens ? après je t’aiderai pour le repas »…

OUI ANNETTE.

Confection d’une tartiflette par 5 résidents, 2 éducatrices… et une Annette !

prenez 5 Kgs de Pommes de terre (bah oui, on était quand même 17 en tout !)… Une éducatrice et 3 autres éplucheurs de pommes de terre, une autre éducatrice et 2 éplucheurs d’oignons… ET Annette, toujours pot de colle, toujours usante, (toujours… Entre autre)…

« ah vous avez commencé ? Je peux t’aider à éplucher les oignons ? »

moi : ben regarde, il y a beaucoup plus de pommes de terre que d’oignons… va donc aider les autres d’abord, après on verra

elle : après, je t’aiderai ?

moi : oui après tu viendras les couper.

Éplucher une quinzaine d’oignons, même à 3, ça fait pleurer (je sais, en les plongeant dans l’eau, ça le fait moins il parait… IL PARAIT parce que c’est ce qu’on avait fait)… et Annette, ben elle est à l’affût de tout… et comme elle est à l’affût de tout, ben elle n’allait pas laisser passer le fait qu’une de ses éducs, sur qui elle a jeté son dévolu, pleure.

Elle : oh ben tu pleures !!!

moi : c’est normal Annette ce sont les oignons… je ne suis pas la seule regarde M et C.

Elle : oui mais j’aime pas quand tu pleures !

moi : oui mais c’est pas grave, je pleure pas parce que je suis triste, je pleure parce que j’épluche des oignons et que ça pique ! t’inquiète pas.

Elle : après les patates je viens t’aider ?

moi : on verra Annette, s’il y a besoin on t’appellera mais en attendant, continue d’aider les autres.

Elle : Ah d’accord. J’aide d’abord les autres et après je viens t’aider ?

moi : …. continue tes pommes de terre Annette.

Nous… on continue à pleurer… à éplucher nos oignons, les couper en deux et les mettre dans un saladier rempli d’eau tiède.

M : voilà… fini…

C : oui fini (accompagnant cette brève déclaration par un frottement de mains et se levant, ne laissant aucun doute sur son « j’en ai marre de pleurer, j’ai épluché les oignons, elle les coupera sans moi »).

moi, tentant le soudoiement : tu nous aides à les couper ?

C : ah non ayé j’ai fini.

moi : ok, merci C

{Raisonnement purement mathématique : une table, trois chaises, deux chaises occupées par des résidents, l’autre par une éducatrice. Un des résidents qui part, une chaise reste vide, donc laisse la place à Annette… IM PA RA BLE}. Aussitôt la place libérée, Annette rebondit :

Elle : ah ben j’viens t’aider à couper les oignons si vous avez fini.

moi : et vous ? vous avez fini les pommes de terre ?

M(2): oui on a touuuut fini.

moi : he bien alors Annette, si tu veux pleurer avec nous, viens couper les oignons.

……

« dis donc, qu’est ce que je pleure »… « oh ça pique »… « oh la la je pleure »…

moi : y’a des serviettes en papier là bas… va t’essuyer les yeux !

elle : tu manges avec moi ce midi ?

moi : on verra Annette.

13h … Tartiflette cuite. Odeur répandue allègrement. Annette 1 – Moi 0. Degré de patience : 85%

A table… « tu manges avec moi ? « 

moi : Annette, je suis là jusqu’à ce soir, ta table est complète mais ce soir je suis encore là, on verra ce soir, ou demain.

Discussion autour du programme de l’après-midi, les uns veulent faire-ci, les autres veulent faire ça. Un groupe ira faire une balade avec deux de mes collègues, pour ceux qui ne veulent pas, projection de Superman en bibliothèque…. Tout l’après-midi, Annette est restée en bibliothèque… sans véritablement regarder superman… toujours pot de colle, toujours usante, toujours….

Projection de superman pour une demi douzaine de résidents, deux éducs et …. une Annette !

Elle : pourquoi vous m’avez pas donné de Forlax ce matin?

Moi : L’infirmière a dit un jour sur deux, tu l’auras demain

Elle : J’ai mal au ventre

moi : va aux toilettes.

Elle, en revenant des toilettes : j’arrive pas.

moi : c’est que t’as pas besoin

Elle : c’est que j’ai pas besoin ? mais j’ai mal… et j’ai pas eu de forlax ce matin. Pourquoi j’ai pas eu mon forlax ce matin ?

moi : …..Annette….

Un quart d’heure (maximum) après.

Elle m’interpelle.

moi : oui Annette.

Elle : j’ai encore mal à mon pouce.

moi : qu’est ce qu’il a ton pouce ?

Elle : ben tu sais, j’ai mal quand je fais ça.

moi : ben le fais pas je t’ai dit qu’il fallait le reposer ton pouce si tu as mal au tendon.

Elle : j’ai mal

moi : je te mettrai de la pommade après le film mais laisse les autres regarder…

Elle : après tu me mettras de la pommade.

moi : oui Annette.

Un quart d’heure (maximum) après.

Elle : J’ai mal au ventre

moi : va aux toilettes

Elle : oui j’y vais.

Elle, en revenant des toilettes : j’arrive pas… tu crois que je devrais boire ?

moi : si tu veux, c’est jamais mauvais de boire de l’eau.

Elle : j’vais chercher ma bouteille.

Ma collègue : j’admire ta patience.

moi : (…)

Annette revenant avec sa bouteille d’eau : J’ai pas eu mon forlax ce matin….

(…)

Fin d’après-midi : Superman « visionné » (me demandez pas de raconter, j’en suis incapable), Annette : 2 – moi 0. Degré de Patience : 65%

18h : départ des deux collègues présentes depuis 7h le matin. Il nous reste 3h30, courage…

Accompagnements divers à la douche… au moment d’accompagner M, Annette, toujours pot de colle, toujours usante, toujours….. me demande « tu m’abandonnes ? »

Moi : NON je ne t’abandonne pas je vais juste accompagner M à la douche.

Annette : oui.. mais moi ? tu m’abandonnes ?

moi : Annette… je ne suis pas toute seule et TU n’es pas toute seule ici. Ce weekend, vous êtes 13… donc occupe toi le temps que je suis avec M.

Annette : j’fais quoi moi ?

Là, me vient une idée de génie. Oui je sais, je suis modeste mais à ce moment là de la journée… je peux dire que c’était une idée de génie. Un coloriage.

moi : Tiens, j’ai une idée, on fait un concours. Tu colories ça… moi j’accompagne M à la douche. On fait la course, la première qui a fini, a gagné.

Annette : ah oui.. je le colorie de quelle couleur ?

moi : COMME TU VEUX !

Soirée : douches faites, préparation du repas fait, pouce chouchouté… Annette 3- moi 1 (quand même pour le coup du coloriage, ça m’a laissé quelques minutes de répit !) Degré de Patience : 50 %

Bizarrement, avec ma collègue, à avoir couru un peu partout à partir de 18h, le temps pressant, (et le menu pas super folichon il faut le dire…) on n’avait pas faim pour le repas.

Annette : tu manges pas ?

moi : non Annette, je n’ai pas faim.

Annette : tu manges pas avec moi alors ?

moi : je ne mange avec personne Annette.

Annette : tu mangeras avec moi demain ?

moi : Promis Annette, demain midi je mangerai avec toi.

Annette : demain midi ?

moi : oui, demain midi promis.

{nan mais je vous vois déjà dire des trucs « c’est pas bien de promettre ce qu’on tiendra pas….blablabla »… j’ai tenu ma promesse pour info…}

21h15 : le surveillant de nuit arrive … transmissions… Depuis un quart d’heure, Annette pousse des cris déchirants dans sa salle de bain, comme lui a suggéré le Directeur lorsqu’elle en a besoin pour extérioriser ce qu’elle n’arrive pas forcément à dire. Ma collègue va régulièrement voir si ça lui fait du bien et si elle ne se met pas en danger. 21H30, nous passons une dernière fois, lui souhaiter une bonne nuit et lui dire à demain.

Weekend : journée 1 faite. Annette 4 – moi 1. Annette, toujours plus pot de colle, toujours plus usante, toujours plus…Épuisement complet. Degré de patience : 40%

Je vous ferai grâce de la journée de Dimanche qui a été un peu plus soft dans la mesure où une sortie familiale nous a permis de souffler l’après-midi… mais le dimanche s’est juste terminée sur cette note….

Annette, à table : Je veux dormir avec toi ce soir

moi : peut -être mais c’est impossible. Je ne suis pas ta copine, je suis ton éducatrice.

Annette : t’as pas le droit ?

moi : non seulement je n’ai pas le droit mais même si j’avais le droit, je ne veux pas.

Les autres : en plus ben elle dort avec son copain.

Annette : ben elle fait ce qu’elle veut avec son copain.

moi : Aahhh ben je te remercie Annette.

Elle sourit… et je l’entends « ben oui elle a le droit de baiser avec son copain ». Là je me fâche. blablabla la vulgarité blablabla le respect blablabla…

21h15, transmissions avec le surveillant de nuit…. Dans le couloir, on entend :

…. elle baise, … elle baise, … elle baise !

Ma collègue me regarde, les yeux ronds en me demandant si elle entend bien ce qu’elle entend. Je lui souris en lui expliquant la fin du repas et lui dit que ce n’est que pure provocation (ce qui explique tout de même pourquoi je ne sors pas du bureau.. elle n’attendait que ça). Mon collègue me sourit et me dit qu’il prend le relais. Annette, pas vraiment ravie que ce soit lui qui sorte du bureau et la reprenne lui dit :

« ben c’est pas à toi que je parle »… Annette, finit par regagner sa chambre. Ce soir, je suis épuisée, je n’irai même pas lui dire au revoir, je n’ai qu’une hâte, rentrer chez moi… Après tout, j’vais retrouver mon copain avec qui je fais c’que je veux !

Weekend : fini. Annette 6 – moi 2 (quand même, pour la forme). Annette, toujours plus pot de colle, toujours plus usante, toujours plus…Épuisement complet. Degré de patience : néant



« C’est nul l’horoscope »

Tous les matins, Arthur arrive de chez lui en transports en commun. Oui Arthur est autonome dans les transports qu’il connait. Bref, tous les jours, il arrive au Foyer, à 9h, avec son sac à dos et un sac plastique « Relais » contenant un hebdomaire. Non Arthur ne sait pas lire… et alors ?

Il s’assoit et se met à feuilleter son journal…

Bien sûr, je profite de ce moment encore calme avant la tempête pour le titiller un peu avec humour, lui proposer de lui lire les articles qu’il veut… et… vient… le moment tant attendu de l’horoscope.

L’horoscope, si belle invention qui donne espoir aux plus désabusés de la vie,….

« tu peux me dire ce que me dis mon horoscope ? » cette phrase, reprise en chœur par l’ensemble des personnes se trouvant autour de nous (professionnels comme résidents). Il faut dire que si ce n’était que de lire juste tel quel… mais non il me faut le réinterpréter, reformuler pour eux… Arthur avait cet horoscope aujourd’hui:

Amour

Vous trouverez les mots qu’il faut pour consoler un membre de votre famille.

Traduction —-> t’es trop gentil Arthur, ce soir en rentrant, y’aura peut-être quelqu’un de triste dans ta famille, ben tu sauras exactement comment le ou la consoler. 

Travail-Argent

Vous aurez du mal à vous concentrer sur votre travail. Ne vous laissez pas submerger par vos problèmes personnels dans votre travail.

Traduction —-> ah non mais là, ça va pas du tout du tout Arthur !  Qu’est -ce que tu fabriques encore aujourd’hui ??? Depuis le temps que je te dis de te concentrer… arrête de penser à autre chose et écoute ce qu’on te dit pour une fois !!!

Santé

Stress.

Traduction  —-> En plus, c’est nul, avec tout ça, t’es nerveux, stressé et du coup quand on est stressé, ben c’est pas bon pour la santé ! DÉTENDS TOI enfin !

Tout le monde rigole, comme d’habitude. Arthur sourit et me dit :

« il est nul ton horoscope ! »

« ah ben oui, c’est pas mon horoscope mais y’a des jours meilleurs que d’autres tu sais bien ! Qu’est-ce qui ne te plait pas dans celui d’aujourd’hui ? »

« ben déjà… tu m’as pas dit qui était triste ? « 

« qui était triste ?  (je relis l’horoscope et vois le paragraphe sur l’amour…)… aaaaah mais je sais pas, l’horoscope il le dit pas… il dit ta famille, ça peut-être, ton papa, ta maman, ta petite sœur, ou il peut aussi souvent se tromper tu sais qu’il dit souvent des bêtises hein ! »

« ben oui, il est nul, il me dit même pas qui est triste ! »

Je me suis sentie obligée de le rassurer.. de lui dire que souvent, il avait pu voir que l’horoscope disait que des bêtises et que c’était surtout l’occasion de rigoler avec ses copains… et que ce qui était important, c’est que l’horoscope il avait raison dans une chose : c’est qu’il était quelqu’un de bien pour sa famille…

Arthur m’a regardé, et m’a affiché un grand grand sourire. « Lis moi le truc sur le foot ! »

Socialement vôtre,



Un midi ordinaire…

Midi. Les résidents se lavent les mains avant de se diriger vers le réfectoire… C’est un moment qu’on pourrait bien sûr qualifier de bruyant, un joyeux foutoir en somme… les uns demandent s’ils mangent sur les unités de vie, les autres restent dans la salle à manger collective, certains tempestent : « non, veux manger en haut » « non j’mange pas ici »  « moi j’veux manger avec bidule » « et moi avec truc »… un joyeux bordel… un joyeux foutoir… Non… juste plein de vie ! (et oui, la vie est parfois bruyante et bordélique !)

Préparation des plats  « Qui veut servir ? » demande un(e) encadrant(e)…

Deux possibilités : soit c’est le dilemme du choix entre plusieurs volontaires… soit c’est l’incitation, la sollicitation suprême en raison d’un manque évident d’enthousiasme…

« merci bien »… on met la charlotte, le tablier, les gants… oui dans l’éducation, on est parfois sexy… on prend la température des plats qu’on consigne (oui, l’éducation mène partout)…. et voilà le service qui commence… quand tout à coup… le café dégouline allègrement de la cafetière, se répandant sur la console… où reposent des plannings et autres documents plus ou moins importants. » MEERDE !!!! « (oui la vulgarité a parfois des vertus éducatives…) il faut éponger… pas d’éponge… Je fustige un « mais c’est pas possible de bosser dans ces conditions, MERDE » (oui encore)…

J’entends les résidents : « hannnnnnn »

Je vois mes collègues continuer à manger (ou à servir pour les plus dynamiques)… et là.. je revois ma mère dans « ses bons jours »… je lave, j’éponge, je sors le tiroir de la console, où le café a également coulé….et j’éponge… avec la seule éponge qu’une collègue de l’étage supérieur a bien voulu me donner (on est généreux dans l’éducation, c’est bien connu !) … sans dire un mot mais véritablement énervée. Seuls les résidents semblent le noter, ils me regardent les yeux remplis de compassion.

Je regagne ma place pour finir mon repas… froid. Pas grave. Une résidente sert déjà le fromage. plus faim. Étonnant.

Je me retourne vers mon voisin de tablée… il me sourit timidement. Un résident d’une autre table me fait des signes pour m’amuser.

« Quelqu’un veut du café ? »

Moi, amère (probablement comme le café) : non merci.

Mon voisin de table me regarde en rigolant…(façon Garcimore) et cligne des yeux… dur de faire un clin d’œil !

Un simple clignement d’yeux permet de retrouver le sourire pour attaquer l’après-midi ! Merci mon petit « Garcimore » !!!

Socialement vôtre,

 



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